Interview

Rencontre avec Yann-Alrick Mortreuil

Une perte auditive n’empêche pas le talent et l’envie d’avancer.
Yann-Alrick Mortreuil, danseur professionnel de Danse avec les stars, en est la preuve vivante.
Découvrez notre interview exclusive avec ce danseur passionné par son métier et croquant le vie à pleines dents !


Comment cette magnifique aventure a-t-elle débuté ? Comment vous a-t-on contacté ?

Je connaissais déjà l’équipe des danseurs de Danse avec les Stars avant d’y rentrer. Il se trouve qu’ils cherchaient un nouveau danseur pour la saison 4. C’est Fauve et les copains qui ont parlé de moi à la production.
J’ai passé un  casting privé, avec quelques autres danseurs qui eux aussi avaient été recommandés. C’est à partir de ce moment que l’aventure Danse Avec les Stars a commencé pour moi.

N’est-t-il pas difficile de garder la tête froide lorsque tout ceci vous arrive ? Qu’est-ce qui fait que vous gardez les pieds sur terre ?

Je danse depuis toujours, je danse pour que le temps d’un spectacle, des gens oublient leurs problèmes, leur quotidien, pour qu’ils rient et passent un bon moment. Le fait de passer à la télé est un moyen de m’adresser à un plus large public, de toucher un plus grand nombre de personnes.

Par rapport à votre perte auditive est-ce que cela a une incidence sur votre vie de star ?

Cela a été très dur, enfant, à l’école pour m’intégrer auprès de mes camarades, (tout le monde sait combien les enfants peuvent être cruels avec ceux qui sont différents).
Cela a été dur ensuite pour trouver du travail. Cela a été dur également pour me sentir bien dans ma peau.
Cette perte auditive a longtemps été un obstacle dans ma vie. En fait c’est LE combat de ma vie, que ce soit en tant que danseur, professionnellement, mais aussi dans ma vie de tous les jours.
J’ai réussi à triompher de ce fardeau et j’ai trouvé des solutions pour mes problèmes.

Je ne me considère pas comme une star mais ma petite notoriété, due à la télévision, m’a permis de constater que je pouvais aider des jeunes qui sont dans le même cas que moi, que mon exemple les aide, et qu’ainsi ce handicap est porteur d’espoir​​. Il prouve à de jeunes malentendants que tout est possible.

Comment appréhendez-vous la musique sur scène ? Avez-vous le droit de porter vos aides auditives pendant la compétition ?

Plus jeune, je n’avais pas d’appareils, je ressentais les basses au niveau du plexus, cela me donnait le rythme de la musique et c’était suffisant.
Ensuite, ma perte a été plus importante et il a fallu progresser musicalement pour évoluer dans la danse. J’ai donc été équipé en « intra ».
Le problème est que je transpire beaucoup quand je danse et que les appareils ne restaient pas en place dans mes oreilles : lors de pirouettes par exemple ils étaient éjectés et allaient se « fracasser » contre les miroirs, ou alors ils « grillaient »  avec la transpiration. Mon audition s’est aggravée, j’ai eu besoin d’appareils plus puissants et j’ai été équipé en « contours ».

Le problème des « appareils éjectables » a été résolu (enfin partiellement). Les contours tiennent mieux en place  mais il y a des fois des soucis lors de portés. Par exemple, soit il y en a un qui s’en va de temps en temps, soit il rentre trop profondément dans l’oreille est cela est douloureux.

Par contre, le problème « transpiration » lui, n’est toujours pas résolu.

Rencontre avec Yann Alrick
Shoot photo Yann Alrick

Quelle est d’ailleurs l’origine de votre perte ?

Nous n’avons pas réellement de réponse à cette question. Nous étions deux dans le ventre de ma mère et il est possible qu’un virus ait sévi pendant la grossesse. Ce virus a peut-être attaqué des cellules vitales chez mon jumeau et pour moi il s’est contenté de détruire les cellules auditives. Enfin ce ne sont que des suppositions.
Ce qui est réel, c’est que ma surdité est évolutive et que je sais qu’un jour je serai dans le silence (sauf si bien sur la médecine trouve une solution).

Comment s’est déroulé votre premier appareillage et à quel âge ?

J’avais 6 ans lorsqu’on s’est aperçu d’un problème, et j’ai été appareillé environ un an après. Cela a été un des plus beaux jours de ma vie.
J’ai découvert une multitude de sons dont j’ignorais l’existence : le chant des oiseaux, le bruit d’un filet d’eau coulant du robinet, le bruissement des feuilles dans le vent …..
Mais très vite c’est devenu insupportable, surtout dans la salle de danse ou la musique était très forte. Toute ma vie, j’avais été dans un monde « cotonneux » avec des sons atténués et d’un seul coup je me suis trouvé agressé par tout ce vacarme. J’étais incapable de supporter autant de bruit. J’ai souffert de migraines pendant de nombreuses années.

J’ai aussi beaucoup souffert du regard et des moqueries des autres enfants. Il est surprenant de voir que des lunettes ne posent pas de problèmes aux autres alors que des aides auditives, elles, sont encore mal perçues.
J’ai fait un rejet. Je préférais ne pas entendre plutôt que d’être confronté à ce monde bruyant, aux sarcasmes de mes camarades, au regard des gens.

Puis, ma surdité évoluant, je n’ai pas eu d’autre choix que de remettre mes appareils, unique moyen pour moi de ne pas finir coupé du monde, seul dans ma bulle.
J’ai fait un travail sur moi-même pour  accepter mes aides auditives, ne les portant d’abord que seul dans ma chambre, sans bruit environnant. Avec ce genre d’entrainement et l’aide de mon entourage j’ai fini par m’accoutumer, ignorer le regard des autres et accepter ma différence.

Et aujourd’hui comment êtes-vous appareillé ?

Aujourd’hui, je  porte des contours, j’ai plusieurs modes et réglages pour m’adapter aux différents environnements. La technologie progresse vraiment bien.

Dans ce monde de paillettes, avez-vous déjà eu l’occasion de côtoyer d’autres personnes appareillées comme vous ou juste malentendantes ?

Quand j’étais plus jeune, il y avait à l’école de danse un autre garçon malentendant comme moi. C’était réconfortant de ne pas me sentir seul. L’année dernière, j’ai rencontré Sophie Vouzelaud mais nous n’avons malheureusement pas pu partager beaucoup de temps car chacun devait travailler de son côté pour l’émission.

Lorsqu’on voit et rencontre de nouvelles stars chaque jour, vous devez avoir de très beaux souvenirs et anecdotes. En avez-vous 2 ou 3 à nous faire partager ?

Les « Stars » sont avant tout des personnes comme les autres et les relations que nous pouvons avoir avec elles sont exactement les mêmes que celles que nous avons avec les « non-stars ». La seule différence est que pour elles il est plus difficile de préserver leur intimité.

Vous semblez être au top de votre forme et au top dans votre vie professionnelle, quelle est maintenant la prochaine étape ?

La carrière d’un danseur est très courte, comme pour chaque professionnel qui a son corps comme outil de travail. Pour le moment je danse, c’est ce que j’aime faire par-dessus tout, je profite de la chance que j’ai de pouvoir vivre de ma passion, et je savoure cette chance.

Quand ce ne sera plus possible, eh bien on verra, c’est une autre page qui se tournera, et je verrai ce que la vie me réserve.


Merci Yann-Alrick pour cette interview vraiment touchante ! Nous vous souhaitons une belle et longue vie remplie de belles aventures comme vous le vivez aujourd’hui.

You may also like