Découverte

Paul & Skatty

La plus belle histoire que vous lirez aujourd’hui.

A la rédaction du magazine D-Cibel nous avions été touché en 2016 par l’histoire d’un marin Néozélandais, Paul, ayant perdu l’audition et naviguant aujourd’hui avec son chat Skatty. Rendu célèbre par internet, ce reportage a été partagé des milliers de fois. Plus d’un an après nous avons décidé d’aller à sa rencontre et celle de Skatty, en Nouvelle Zélande.

En arrivant sur place, nous découvrons une marina proche d’Auckland où le bateau de Paul est amarré. C’est un ciel bas et une météo incertaine qui nous accueille. Nous embarquons alors avec Paul à bord d’un petit canot pour rejoindre la Chica, ce bateau construit de ses propres mains, 26 ans plus tôt.

C’est un homme souriant et avenant qui nous embarque peu à peu dans un échange honnête et sincère. Un moment que nous partageons avec vous.

[Je ne me suis jamais inquiété à l’idée de naviguer seul avec une audition limitée …]

Vous voyagez depuis longtemps. Qu’est-ce qui vous a inspiré ?

J’ai toujours été passionné de voile. En Afrique du Sud, où j’ai grandi, faire de la voile était limité avec un littoral trop exposé. J’ai toujours été fasciné par la liberté associée à la navigation et l’opportunité de découvrir le monde. Quand j’avais 11 ans, j’ai rencontré un garçon français dont la famille était retenue en Afrique du Sud pour reconstruire leur bateau. Nous sommes devenus amis. Il m’a emmené voir son bateau et pendant sept semaines, tous les jours je leur rendais visite.  J’ai alors décidé qu’un jour j’aurais mon propre bateau.

À cette époque comment était votre condition auditive ?

Je pouvais entendre un peu mais de toute façon je ne me suis jamais inquiété à l’idée de naviguer seul avec une audition limitée. J’ai grandi en lisant de nombreux livres sur les grands marins, en particulier le livre de Knox Jonston (référence book – « A world of my own ») sur son premier voyage autour du monde sans escale. Cette lecture m’a profondément inspiré. La course du Golden Globe a toujours été mon rêve. Je souhaitais m’y inscrire mais mon bateau ne respectait pas le règlement de la course.

Quand avez-vous commencé à naviguer en mer au-delà des côtes d’Afrique du Sud ?

En 1993 en tant que skipper d’un bateau participant à la course Cape Town-Rio Ocean. L’équipage était composé de quatre autres membres dont deux personnes non-voyantes.

Cette première navigation en tant que skipper s’est-elle bien passée ?

À ce moment-là, mon audition était relativement bonne et puis je maitrisais totalement la lecture labiale. (Lecture sur les lèvres)

Une navigation avec deux membres non-voyants, comment avez-vous géré cela ?

Ils étaient courageux, bien organisés et surtout équipés d’une boussole audio qui les guidait pour la navigation à suivre. Au début, ils étaient très dépendants de ce système avec la boussole audio mais au fur et à mesure, ils n’en avaient plus vraiment besoin.

Qu’avez-vous tiré de cette expérience hors du commun ?

Énormément ! Surtout le goût de l’aventure. Les deux étaient complètement aveugles mais cela ne les empêchait pas de suivre leurs rêves. Ce fut une expérience incroyable de naviguer ensemble, quand nous sommes arrivés à Rio, nous avons fait la une des journaux avec des titres comme « Un skipper malentendant navigue avec un équipage de non-voyants ». J’ai beaucoup appris d’eux. Nous avons beaucoup échangé sur nos conditions respectives. Il me paraissait clair qu’être aveugle était bien pire, ils m’ont convaincu du contraire. Si vous êtes non-voyant, vous pouvez toujours communiquer et faire partie de la communauté alors que les malentendants sont plus isolés.

Nous sommes confortablement installés dans votre joli bateau La Chica, que vous avez construit vous-même il y a 26 ans – Comment avez-vous appris à construire un bateau ?

Par moi-même en faisant un stage en architecture navale que je n’ai pas complété car je me suis vite orienté vers l’informatique. Il m’a fallu 4 ans pour construire la Chica et depuis nous avons beaucoup navigué en Afrique du Sud, Amérique du Sud, Amérique Centrale, Etats-Unis et Mexique.

Avez-vous été inspiré par un marin personnellement ?

Oui, Bernard Moitessier, il représentait la France dans le premier Golden Globe Race. Il a vécu une vie comme je voudrais vivre la mienne.  C’était un marin connu pour ses opinions tranchées.

Pouvez-vous évoquer un de vos souvenirs les plus significatifs lors de vos nombreuses navigations ?

C’est surement l’ouragan Louis, (catégorie 4) en 1995 dans les Caraïbes. J’étais à St Martin et j’étais le capitaine d’un ferry. Je me souviendrai toujours de la force du vent ! Il était presque impossible de respirer. J’avais Tommy (mon deuxième chat) dans mon anorak. Ce fut une expérience extrême ou l’on se sent très petit.

Après une solide expérience de navigation vous vous sentez enfin prêt à poursuivre votre rêve de projet solo autour du monde ?

Cela ne s’est jamais produit parce qu’en 1999, j’ai complètement perdu l’ouïe. C’était brutal ! Un matin, je suis parti au travail et comme il y avait beaucoup de vent, j’avais mis mon appareil auditif dans ma poche. Quand je suis arrivé au bureau, j’ai remis mon appareil auditif et je ne pouvais rien entendre. Dans les vingt minutes de trajet entre le bateau et le bureau, mon ouïe a littéralement disparue. Je suis allé voir un spécialiste qui n’avait pas d’explications, je n’avais qu’à accepter, c’est tout.

Comment l’avez-vous pris psychologiquement ?

Je me croyais prêt à cette éventualité mais l’impact réel était plus difficile.  J’étais seul, je n’avais pas beaucoup d’amis en Amérique.  J’étais en pleine préparation de mon projet de navigation (négociation et organisation). D’un seul coup j’étais incapable d’entendre quoi que ce soit. La combinaison de la lecture labiale et de l’aide auditive avait toujours bien fonctionnée, mais la lecture labiale seulement sans aucun son, exige une concentration énorme pour suivre une conversation, surtout lorsqu’il s’agit d’une conversation de groupe.

En 1999, vous êtes devenu complètement malentendant, que s’est-il passé ensuite ?

En fait je pensais qu’il n’y avait pas de solution, jusqu’à ce qu’une amie sud-africaine me le suggère l’implant cochléaire.

Comment était-ce la première fois avec l’implant ?

En fait le son ne ressemblait à rien de ce que j’avais l’habitude d’entendre. Certaines expériences auditives sont définitivement terminées pour moi comme par exemple, la musique. C’est devenu un bruit malheureusement.

Qu’avez-vous décidé de faire après la pose de l’implant ?

Après la pose de l’implant le 11 décembre 2000, j’ai cherché un nouveau port d’attache. Lors de mes voyages, j’ai rencontré beaucoup de marins néo-zélandais qui évoquaient toujours leur pays comme remarquable pour la voile alors j’ai décidé de déménager ici, à Auckland. J’y suis depuis 17 ans.

[Quand il sera plus âgé, je souhaite qu’il devienne un chat thérapeutique. De nombreuses personnes sont réceptives à cette approche.]

Vous avez aussi une grande passion pour les chats, quand est-ce que ça a commencé ?

Oui j’ai toujours eu un chat dans ma vie, le premier s’appelait Big Kitty après lui, j’ai eu Tommy et maintenant Skatty.

Skatty » est un chat très spécial. Pouvez-vous nous en dire plus à son sujet ?

Quand j’ai eu 60 ans, j’ai décidé d’avoir un nouveau chat. J’ai toujours voulu un Maine Coon, une race très spéciale d’Amérique. Ce que je ne savais pas, c’est que 40% de cette race est polydactyle, une anomalie physique congénitale qui provoque un nombre supplémentaire d’orteils sur une ou plusieurs de leurs pattes. Un chat polydactyle est très apprécié par les marins car leurs orteils supplémentaires garantissent une meilleure capacité à s’accrocher sur le pont.

Quelle est sa personnalité ?

Il est très doux et curieux, il se souvient toujours des gens. Il est toujours avec moi, même au travail. Quand il sera plus âgé, je souhaite qu’il devienne un chat thérapeutique. De nombreuses personnes sont réceptives à cette approche.

De nombreuses personnes ont été inspirées par votre histoire pouvez-vous évoquer quelqu’un en particulier ?

Actuellement, je suis en contact avec un marin malentendant australien du nom de Paul Martin. Il envisage de faire un tour du monde solo comme je l’avais prévu parce qu’aucune personne sourde ne l’a encore fait. Influencé par mon expérience, il a navigué seul en Australie.

Etes-vous déjà allé en France ?

Je n’ai été à Paris que brièvement car j’avais une petite amie française lorsque je faisais le tour de l’Europe en 1983.

Quel message aimeriez-vous donner à nos lecteurs ?

Le handicap c’est dans la tête ! Oui, il y a des limites physiques, par exemple je ne peux pas obtenir une licence de pilote privé car je ne suis pas en mesure de passer un test d’audition. Cependant cela ne m’a pas empêché d’apprendre à voler et à faire du parapente. Il faut juste trouver d’autres moyens pour atteindre les mêmes objectifs. Si vous le voulez, vous pourrez atteindre vos buts, a condition d‘être flexible quant au moyen d’y parvenir.

Crédit Photo : Paul Thomson, Diane Claytone.

Si vous souhaitez en savoir plus sur Paul et Saktty :

– Un livre avec la participation de Paul :  l Kitty Karma: Big Stories of Small Cats Who Change Our Lives, https://www.indiegogo.com/projects/kitty-karma-cats#/

– L’éleveur de Skatty (Maine Coon) http://www.rebelpawz.com/index.html

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