Découverte

Mario Luraschi, « L’homme qui murmure à l’oreille des chevaux »

Dresseur, cascadeur, écuyer, meneur, voltigeur mais aussi sellier, soigneur… Mario Luraschi est un véritable homme-orchestre du cheval.
Il cumule observations, connaissances et expériences et va jusqu’au bout de sa réflexion sur les chevaux.

Sa curiosité et sa persévérance lui ont valu d’être nommé Chevalier des Arts et des Lettres, et de recevoir les insignes de Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur en 2016, des mains de Robert Hossein.

Nous sommes allés à la rencontre de cet « homme de cheval », et c’est en toute simplicité, chez lui, que Mario Luraschi nous parle de sa passion à laquelle il consacre sa vie.

Bonjour Mario, merci de nous accueillir chez vous. Pouvez-vous nous parler de vous ?

Alors moi, à la base, je suis dresseur équestre, et puis j’ai fait carrière dans le cinéma, où je suis finalement conseiller technique, aussi bien en cascades qu’en mouvements équestres (cascades,
batailles…) et réalisateur 2ème équipe (tout ce qui est action réelle)

Une belle profession ! Vous exercez en France uniquement ?

J’ai débuté en France, mais j’ai surtout eu la chance de travailler dans le monde entier, et de faire 5 fois le tour du monde… et tout ça en emmenant mes chevaux partout !

D’où vous vient cette passion pour le cheval ?

Cette passion me vient de l’intérêt que j’ai toujours porté aux indiens. J’ai au départ appris à monter à cheval comme un indien, puis par la suite j’ai écrit un feuilleton « les indiens » qui n’intéressait pas le réalisateur à qui je l’ai envoyé. En revanche, il m’a donné un contact, qui par chance était passionné lui aussi par les indiens, et c’est comme ça que j’ai mis un pied dans le cinéma.

C’est à ce moment là que votre carrière se lance ?

C’était mes premiers pas. Et puis est venu le film avec un cheval vedette qui m’a fait connaitre et qui m’a permis de faire des cascades. Au départ je devais juste apporter le cheval que j’avais dressé, et finalement le cascadeur n’a pas su « utiliser » le cheval. Du coup je l’ai remplacé, et ma carrière a démarré. À partir de là, j’ai fait 517 films.

517 films ? C’est très impressionnant ! Vous pouvez nous citer quelques films connus ?

J’ai fait par exemple « Luky Luke » avec Terence Hill, mais aussi le « Luky Luke » avec Jean Dujardin. Il y a aussi le film « Jeanne d’Arc » avec Besson, « Le masque de fer » avec Léonardo Dicaprio… je pourrai vous en citer plein ! (rires)
J’ai eu la chance de participer à de très très gros films, et de faire par la même occasion de très belles rencontres.

Comment est-ce que vous choisissez un cheval pour un film ?

Généralement, on m’impose relativement la couleur du cheval, et ensuite c’est moi qui choisis le cheval. Comme pour les êtres humains, les chevaux ont leur caractère. Certains ne sont pas du tout fait pour le cinéma. Il faut choisir des chevaux très tolérants pour les comédiens et des chevaux très dynamiques pour les cascades.
Je m’occupe également des comédiens, à qui j’apprends les bases, pour que tout soit impeccable.

Lorsque l’on dresse un cheval, est ce que cela se passe plutôt par la voix ? Par les gestes ?

Pour dresser de façon parfaite un cheval pour le cinéma, il faut passer par tous les stades. La voix est un élément indispensable, car en fonction de la tonalité, le cheval va vite comprendre ce qu’il doit faire. Les gestes, eux, accompagnent la voix, mais il faut toujours faire des gestes francs et terminés.

Est-ce que l’ouïe du cheval est indispensable pour faire un bon dressage ?

L’ouïe du cheval est un élément de base. Tout ce qu’on lui apprend passe par l’ouïe. La voix du dresseur et l’ouïe du cheval sont indissociables !
Tous mes chevaux sont dressés au sifflet et à l’arrêt. Cela me permet au moment des tournages, de pouvoir agir tout de suite auprès du cheval en cas de problème. Je siffle, il s’arrête automatiquement. En fait, je m’occupe du cheval à distance, par la voix et par les gestes. Le comédien a juste à faire attention à ses positions.
Le cheval que j’ai dressé ne me perd jamais de vue, il oublie complètement la personne qu’il a sur le dos. Au cinéma, l’ouïe du cheval est également très très importante lorsque l’on met en
place des attelages. Chaque cheval a un nom, et lorsqu’il est appelé, le cheval se reconnait et tous les autres savent très bien à qui le dresseur s’adresse.
En spectacle, les gens qui s’occupent du son, ont toujours tendance à mettre très fort et ça c’est insupportable pour le cheval, c’est même déstabilisant. Malheureusement, on ne peut pas préparer un cheval à ça, alors on lui protège les oreilles.

Ah oui ? il est possible de protéger les oreilles d’un cheval ?

Oui. En mettant du coton dans les oreilles ou des bouchons. Dans les courses de trot, les chevaux ont des bouchons dans les oreilles, et avant l’arrivée, on tire sur une ficelle qui enlève les bouchons et le fait d’avoir les cris des gens tout d’un coup dans les oreilles ça booste le cheval
naturellement.

Vous avez de beaux projets à venir ?

Actuellement je suis en train de préparer un film avec beaucoup d’actions équestres, mais c’est encore confidentiel…
Et en parallèle, je travaille sur trois spectacles dont un très important en Chine.

Si vous prenez du recul sur toute cette carrière, vous vous dites quoi ?

Que j’ai vraiment eu une chance extraordinaire, de vivre tout ce que j’ai vécu mais aussi d’avoir eu une bonne 12ène de chevaux extraordinaires à mes côtés.

Que peut-on vous souhaitez pour la suite ?

Que ça continue comme ça. J’ai vraiment la vie rêvée, beaucoup de travail, une très bonne santé malgré mon grand âge (rires)… La vie est belle !

Si vous voulez en savoir plus sur Mario Luraschi :
www.luraschi.com
Retrouvez l’intégralité de l’interview sur notre chaine YouTube AuditionSanté

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