Audition

Julien Ricadat-Crosnier – Son expérience auprès des enfants appareillés au Liban

Bonjour Julien, pouvez-vous vous présenter svp ?

Je suis audioprothésiste, spécialiste de l’appareillage de l’adulte et de l’enfant depuis 2012. J’ai intégré le laboratoire AuditionSanté de Mantes-la-Jolie, ma ville natale, dés l’obtention de mon diplôme.

Vous avez eu l’occasion de participer à un voyage humanitaire au Liban, grâce à AuditionSanté et Hear the World, c’était une demande de votre part ?

L’humanitaire m’attire depuis des années et j’ai toujours rêvé de pouvoir participer à ce type de projet. Cependant je n’en n’avais encore jamais fait la demande. C’est donc avec surprise et grand plaisir que, début mars 2018, j’ai reçu un e-mail de mon responsable, m’informant du projet “Hear The World Lebanon”. J’ai immédiatement répondu que ce serait un immense privilège de pouvoir participer à cette aventure. Je me suis donc porté volontaire et j’ai eu la grande joie d’apprendre quelques jours plus tard que ma “candidature” était retenue.

Quel était le but de ce voyage ? Qui alliez-vous rencontrer ?

Hear The World est une fondation du groupe Sonova qui parcourt le monde afin de rencontrer des enfants malentendants dans le besoin et qui n’ont pas la possibilité de se faire équiper dans leurs pays.

En ce qui concerne le projet au Liban, un premier groupe de volontaires est parti en novembre 2017 afin d’équiper 90 enfants (des refugiés Syriens et des libanais). Le but de mon voyage était donc de revoir tous ces enfants 6 mois plus tard, afin d’effectuer un suivi prothétique et les réajustements nécessaires au niveau des appareils auditifs. En complément, nous avions également un rôle pédagogique. Nous avons appris aux enfants et aux accompagnants comment prendre soins de leurs aides auditives (nettoyage des appareils, changement de pile…).

Quel était votre rôle ?

Je suis parti en tant qu’audioprothésiste spécialiste de l’appareillage de l’enfant. Mon rôle était d’effectuer le suivi prothétique des enfants Libanais et Syriens avec mes 3 collègues. Il y avait 2 audioprothésistes anglaises et une audioprothésiste allemande. Concrètement nous devions vérifier l’état des appareils, remesurer l’audition de tous les enfants et les interroger grâce à des traductrices à propos de leurs sensations afin de réajuster les réglages en fonction de leurs besoins.

Aviez-vous des appréhensions avant de partir ?

Oui, une seule, la barrière de la langue. En effet, l’intégralité des communications étaient en anglais, J’ai un niveau tout à fait correct mais je n’ai pas l’occasion de pratiquer l’anglais régulièrement. J’allais donc me retrouver pendant une semaine complète en totale immersion.
Les premières heures ont en effet été quelques peu angoissantes mais très rapidement, j’ai trouvé mes repères et surtout mes collègues sur place ont été très compréhensifs avec moi.

Pouvez-vous nous expliquer le contenu de ce voyage ?

Nous avons donc travaillé à deux endroits différents : un laboratoire d’audioprothèse libanais à Beyrouth (lieu où nous avons reçu les enfants refugiés syriens venant du sud et du nord du Liban), et l’IRAP (Institut de Rééducation d’Audiophonologie) qui est l’équivalent d’une école d’enfants sourds, où nous avons reçu majoritairement des enfants libanais dont les parents n’ont pas suffisamment de moyens pour équiper leurs enfants.

Comment se sont déroulées vos journées ?

Les trajets étaient assurés en minibus taxi. Nous quittions l’hôtel aux alentours de 7h00 et avions environs 1h00 de trajet. Sur place, nous nous sommes organisés en deux équipes de deux afin de recevoir les enfants correctement. Dans l’équipe, l’un s’occupait des ajustements des réglages pendant que l’autre restait auprès de l’enfant afin de recueillir ses impressions, de jouer avec lui, de le rassurer… Nous déjeunions et dinions avec l’équipe au complet (à savoir les quatre audioprothésistes et l’équipe d’organisation de Sonova) c’était l’occasion de partager, d’échanger et de se détendre autour d’une nourriture libanaise qui était fabuleuse.

Avez-vous noté de grosses différences entre votre façon de pratiquer votre métier en France et au Liban ?

De grosses différences, c’est peut-être un bien grand mot. Effectivement j’ai pu observer le travail de mes collègues libanaises et internationales. Nous avons toujours la même finalité, le bien-être du patient mais nous empruntons des chemins, du matériel et des méthodes différentes. C’est vraiment intéressant de pouvoir comparer différentes façons de faire, cela permet d’évoluer soi-même.

Vous étiez entourés de professionnels sur place ? (Médecins ORL, audioprothésistes …)

Nous étions entourés principalement du personnel encadrant et enseignant de l’IRAP qui nous aidait pour l’utilisation du matériel et qui nous servait de traducteur avec les enfants et leurs familles.

Quel est votre plus beau souvenir ?

Sincèrement, ce voyage a été pour moi un ascenseur émotionnel ! Chaque jour nous recevions des enfants plus reconnaissants les uns que les autres, et il n’y a rien de plus beau qu’un enfant qui sourit quand il retrouve son audition. Cependant, si je devais ressortir de tout cela mon plus beau souvenir, ce serait probablement le dernier jour, avec les deux derniers enfants. Tous les autres enfants étaient rentrés chez leurs parents mais ces deux jeunes filles viennent de familles très pauvres et sont donc hébergées sur place à l’IRAP. En attendant notre minibus pour le retour, nous avons passé près d’une heure à rire, jouer, chanter avec ces deux enfants, qui pourtant n’ont vraiment pas une vie facile, mais qui respirent la joie de vivre. Une belle leçon de vie pour moi.

Seriez-vous prêt à repartir ?

Oui. Si l’occasion se présente à nouveau pour moi, je repartirai sans hésiter !

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