Découverte

Guillaume Néry – L’apnée son art de vivre

Vous en avez peut-être déjà entendu parler ?
Guillaume Néry est un champion d’apnée français, spécialiste de la profondeur. Multiple recordman du monde, champion du monde à plusieurs reprises … La quête de Guillaume Néry va bien au-delà du simple sport. Alliant esthétisme et performance, films et explorations, Guillaume Néry pratique sa discipline comme un art, son art de vivre.

Bonjour Guillaume, est-ce que vous pouvez vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, je m’appelle Guillaume Néry, j’ai 35 ans, je suis originaire de Nice où j’habite encore aujourd’hui. Je suis multiple champion du monde de plongée en apnée, spécialiste de la grande profondeur.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment vous est venue cette passion pour la plongée en apnée ?

Pour être honnête, la plongée en apnée est arrivée un peu par hasard. J’ai grandi à Nice, à proximité de la mer Méditerranée, donc j’ai toujours eu cette proximité avec l’univers marin mais sans y prêter plus attention que cela. J’étais au départ plus attiré par les montagnes, les grands espaces, du fait de mon éducation.

Mais à 14 ans, un soir dans le bus qui me ramenait de l’école, avec un copain on se lance le défi de celui qui tient le plus longtemps sans respirer… et j’ai perdu ! J’ai tenu simplement 1.30 min là ou mon copain a tenu 2.09 min. J’ai été terriblement vexé, et donc chez moi, j’ai commencé à m’entrainer dans mon lit. À force de m’entrainer à tenir le plus longtemps possible sans respirer, je me suis rendu compte que j’avais des capacités supérieures à la normale, car au bout de quelques semaines, je tenais plus de 4 minutes sans respirer.

Et un jour, par hasard, j’allume ma télévision et je tombe sur un reportage/documentaire, où l’on voyait un apnéiste plonger. C’est à ce moment précis où j’ai fait le lien entre ce que je faisais dans mon lit et la vraie utilité d’arrêter de respirer. J’ai donc décidé de prendre un masque et d’essayer, dans la mer à Nice. Et là… j’ai eu le véritable coup de foudre !

À partir de ce moment là est née en moi une véritable passion, une obsession, une envie
incontrôlable d’aller explorer cet autre monde qui est juste là, mais dans lequel on ne pénètre quasiment jamais… À partir du moment ou j’ai commencé à aller voir ce qu’il y avait derrière ce monde si secret, j’ai eu envie d’aller toujours plus loin !

C’est une belle histoire !
Lorsque l’on parle d’apnée, on pense tout de suite au souffle, mais que se passe-t-il sur le système auditif ?

La plongée en apnée et toute immersion en profondeur va avoir un impact direct sur les oreilles et notamment le tympan. Lorsque l’on quitte la surface et que l’on descend dans les profondeurs, il y a la pression de l’eau qui va s’exercer sur le corps humain.

Cette pression-là sera ressentie sur toutes les parties du corps où il y a de l’air (les poumons, la trachée et toute la sphère ORL, et notamment l’oreille moyenne). Au niveau de l’oreille moyenne, il y a de l’air et celui-ci va se réduire en volume et le tympan va s’écraser vers l’intérieur, et on va avoir l’eau qui va appuyer sur le tympan, ce qui va entrainer une déformation de celui-ci. Si je ne fais pas ce qu’il faut, au bout de quelques mètres, je vais avoir le tympan qui va se fissurer ou même imploser.

Donc, tout au long de la plongée/de la descente, je vais devoir équilibrer la pression, en amenant de l’air pour garder le tympan à l’équilibre en permanence. On appelle ce phénomène « la compensation ».
Et ça, que l’on soit débutant ou le plus grand champion, c’est l’étape obligatoire de tout plongeur.

Donc si je comprends bien, vous êtes seul « protecteur » de vos oreilles ? Il n’y a pas de solution externe, comme des bouchons par exemple ?

On peut utiliser des bouchons, mais c’est plutôt réservé pour une pratique en surface, quand on est à la piscine et qu’il n’y a pas de mécanisme de pression. À partir du moment où la pression s’exerce, tout doit être régulé et contrôlé de l’intérieur.

Lorsque vous êtes à plusieurs mètres de profondeur, est-ce que l’on entend quelque chose ? Est-ce que vous entendez des bruits, ou est-ce un silence complet ?

Cousteau a appelé l’un de ses films « Le monde du silence ». C’est ce même film qui a fait connaitre le monde sous-marin auprès du grand public.

Dans l’eau, le son ne se propage pas de la même manière qu’à l’air libre, et on a tout de suite l’impression d’être dans un univers beaucoup plus calme et plus serein… Mais ! C’est tout sauf le monde du silence ! Lorsque l’on est attentif, et en apnée, on se rend compte qu’il y a pleins de sons. On va entendre des sons qui sont des sons de surface, comme le bruit des vagues.

Lorsque l’on plonge à proximité de rochers, on va entendre l’activité marine. On se rend compte qu’il y a de la vie, des poissons, tout un tas de petits animaux qui communiquent, ça crépite … et au final c’est un vrai concerto sous l’eau. Il y a une vraie diversité de sons, qui est très différente de ce que l’on a sur terre.

Est-ce que l’on peut avoir des sensations douloureuses ?

Si j’équilibre bien la pression, je ne vais ressentir aucune douleur. D’ailleurs il ne faut pas ressentir de douleurs, sinon ça veut dire que quelque chose est mal fait.

Est-ce que vous personnellement, vous avez connu une sensation de douleur ?
Quelque chose qui se serait mal passée ?

Ça peut arriver effectivement sur une plongée, pour tout un tas de raisons. Moi j’ai déjà vécu des sensations douloureuses au niveau de mes tympans. Ça peut m’arriver des jours où je suis moins détendu que d’habitude, ou bien lorsque je teste une nouvelle profondeur et que je ne suis pas encore habitué …mais par contre ! Je m’arrête toujours avant d’arriver au seuil de la
douleur.

Avant la douleur, on ressent que l’oreille se bouche, et ça c’est un préambule qu’il faut régler rapidement, sinon il faut s’arrêter et remonter.

J’ai toujours eu conscience que mes oreilles sont mon tendon d’Achille. Elles sont ma plus grande force, mais elles peuvent être le maillon faible si je n’en prends pas soin. J’accorde donc une très très grande attention à mes oreilles.

À l’heure actuelle vous n’avez aucune perte ou aucune gêne auditive suite à toutes ces années de plongée ?

Ça fait 21 ans maintenant que je fais de l’apnée, je suis allé au plus haut niveau, à toutes les profondeurs possibles, j’ai fait des dizaines de milliers de plongées et parce que j’ai toujours été très précautionneux et respectueux de mon corps, au jour d’aujourd’hui je n’ai absolument aucun problème ! D’ailleurs on m’appelle « les oreilles de la famille » (rires), j’ai une audition très fine.

Lorsque vous faites des entrainements à la plongée auprès des jeunes, vous faites de la prévention également pour protéger le corps et le système auditif ?

Prévenir des problèmes de pression, et les impacts que cela peut avoir sur les oreilles, c’est la première chose que l’on enseigne. N’importe quel débutant qui voudra plonger en mer, devra
passer beaucoup de temps sur cette étape.

Je consacre beaucoup d’énergie à la prévention. Que ce soit dans l’eau (avec des démonstrations) ou à l’extérieur de l’eau (avec de la théorie) à expliquer le système ORL, l’oreille et toutes les techniques pour éviter de se faire mal. Car c’est actuellement le seul moyen de se protéger.

Est-ce que l’on peut avoir quelques informations sur vos projets à venir ?

En ce moment je suis en train de travailler avec ma compagne sur un nouveau film. Ce n’est plus au stade de projet, puisque l’année dernière nous sommes allés aux quatre coins du monde pour filmer tout un tas de séquences sous-marines dans des endroits insolites. J’ai encore quelques petites séquences à tourner à Nice, pour assembler et monter ces images ensemble et pouvoir le présenter d’ici la fin de l’année j’espère.

Ceci est le plus gros projet sur lequel je travaille, mais j’ai des tonnes de projets en cours : des conférences d’enseignement, des voyages, des explorations …

Plus de compétitions ?

Alors moi j’ai arrêté la compétition en 2015 suite à un accident. Je tentais de battre mon 5ème record du monde et l’organisation s’est trompée dans la mesure du câble. Au lieu de descendre à 129 mètres qui est le record du monde je suis descendu à 139 mètres. Malheureusement le record n’a pas pu être homologué car j’ai perdu connaissance à quelques mètres de la surface,
forcément, car j’ai parcouru une distance bien trop grande.

Suite à cet incident, j’ai décidé de me retirer de l’univers de la compétition. Je suis bien sûr totalement impliqué dans le monde de l’apnée mais d’une autre manière.

Que peut-on vous souhaiter alors pour la suite ?

Surtout de garder cette passion, parce que grâce à la passion on peut transmettre de belles choses. J’ai envie d’amener le plus de monde possible dans l’eau, amener les gens à se reconnecter à l’eau/la mer parce que je pense que c’est vraiment notre origine, notre matrice. Nous sommes sur la planète bleue, 71% de la planète est recouverte d’eau, et donc j’ai envie au travers de mon travail (livres, conférences, films…) de donner aux gens l’envie de se reconnecter à cette planète bleue, pour la protéger et y faire attention.

Votre mot de la fin ?

L’apnée est souvent montrée comme un sport qui est extrêmement dangereux, soit qui est extrême pour des personnes un peu folles, ou bien que l’apnée est un sport inaccessible réservée à des surhommes. Ces 3 idées reçues sont complètement fausses.

C’est comme tout, lorsque c’est bien pratiqué l’apnée, est sans danger et n’a rien d’extrême. C’est ouvert à tout le monde et toutes les tranches d’âges. Mais surtout, ne jamais plonger seul, il faut toujours plonger accompagné/encadré par des professionnels. C’est un monde merveilleux qui s’ouvrira à vous.

Pour plus d’informations sur les réseaux sociaux :
#Guillaume Néry

www.guillaumenery.fr
www.lesfilmsengloutis.com
Retrouvez l’intégralité de l’interview de Guillaume Néry, sur notre chaine YouTube : AuditionSanté.

You may also like